La réalité des enfants esclaves

Selon une étude effectuée en 2002 conjointement par le Programme focal sur le travail des enfants (IPEC) et les Statistiques sur le travail des enfants (SIMPOC), deux départements du BIT (Bureau international du travail), 211 millions d’enfants, âgés de 5 à 14 ans, étaient économiquement actifs dans le monde en 2000. Ceci représente un peu moins de 5% de la population des enfants dans ce groupe d’âge. Environ 73 millions d’enfants qui travaillent ont moins de 10 ans. La population totale d’enfants de 5 à 17 ans intervenant dans des activités économiques est estimée à 352 millions. Ces estimations ne font pas ressortir les différences de genre dans l’incidence globale des enfants qui travaillent. Dans les groupes d’âge 5 - 9 ans et 10 – 14 ans, la probabilité d’être engagé dans des activités économiques est égale aussi bien pour les garçons que pour les filles. La majorité des enfants qui sont contraints au travail vivent dans des pays du Tiers-monde, en Asie, en Afrique et en Amérique du Sud, mais on trouve aussi des enfants travailleurs en Europe et en Amérique du Nord. Cependant, le plus grand nombre d’enfants qui travaillent, soit 127,3 millions, âgés de 5 à 14 ans, sont dans la région Asie-Pacifique. Viennent ensuite les régions subsahariennes d’Afrique et latino-américaines et caribéennes avec 48 millions et 17,4 millions d’enfants respectivement. Aucun pays n’est à l’abri : il y a 2,5 millions d’enfants qui travaillent dans les économies développées, et encore 2,5 millions dans les économies en transition. Par ailleurs, chaque année 22 000 enfants meurent dans des accidents liés au travail. En valeur absolue, les économies développées et en transition ont le plus faible niveau d’enfants travailleurs. L’Afrique subsaharienne a la plus grosse proportion d’enfants qui travaillent (près de 1 tiers des enfants âgés de 14 ans et moins). Par ailleurs, le travail des enfants est un concept plus restreint que celui « d’enfants économiquement actifs », excluant tous les enfants de 12 ans et plus qui ne travaillent que quelques heures par semaine dans l’exécution de tâches légères et permises et ceux de 15 ans et plus dont le travail n’entre pas dans la catégorie de « travaux dangereux ». On estime qu’en l’an 2000, il y avait dans le monde, 186 millions d’enfants travailleurs âgés de moins de 15 ans. Environ 110 millions avaient moins de 12 ans. Parmi les enfants du plus vaste groupe d’âge, 5 – 17 ans, il y avait approximativement 246 millions d’enfants travailleurs.

Faisant le point sur le travail des enfants en juin 2005, le Département de la communication du BIT évalue, dans ses faits et chiffres, que la plupart des enfants travaillent dans le secteur informel, sans protection légale ou réglementaire :

D'après le point sur le travail des enfants de juin 2005, 8,4 millions d'enfants sont prisonniers de l'esclavage, du trafic, de la servitude pour dettes, de la prostitution, de la pornographie et d'autres activités illicites. 1,2 million de ces enfants ont été victimes de trafic des êtres humains.

 

Pourquoi les enfants travaillent-ils?

Le travail des enfants ne tient ni à la culture ni à l'éthique du travail. Il tient plutôt aux entreprises et aux sous-traitants qui cherchent à verser de faibles salaires et à avoir une main-d'ouvre docile.

Tout ce qui cause ou perpétue la pauvreté encourage le travail des enfants. Depuis de nombreuses années, les gouvernements des pays industrialisés restructurent leur économie pour répondre aux besoins des bailleurs de fonds.

Le Fonds monétaire international de la Banque mondiale soumet les pays lourdement endettés à un Programme d'ajustement structurel (PAS). Le PAS force les gouvernements à accroître leurs exportations, à privatiser les écoles et les soins de santé, et à déréglementer l'industrie.

Ces pays restructurent l'ensemble de leur économie en fonction des exportations, en incitant les fabriquants étrangers à venir s'établir chez eux. Ils leur promettent une main-d'ouvre bon marché et non syndiquée, ainsi qu'une législation du travail assez lâche. Les exigences de la Banque mondiale ont des répercussions dévastatrices sur les familles pauvres, particulièrement sur les enfants.

De nombreux secteurs industriels confient une grande partie de leur production à la sous-traitance. Cela permet aux grandes entreprises de réaliser d'importantes économies de main-d'ouvre et de frais généraux. Les entreprises locales se font une vive concurrence pour obtenir les contrats. Elles utilisent la main-d'ouvre la moins chère possible, ce qui entraîne le travail des enfants. Certaines entreprises, parmi les plus grandes et les plus rentables du monde, n'assument pas la responsabilité des pratiques de leurs sous-traitants.

La pauvreté, le nivellement par le bas, la sous-traitance, la technologie, une économie informelle en expansion, les exigences de restructuration de Fonds monétaire international, voilà tous les facteurs de la « nouvelle économie mondiale » qui ont provoqué l'augmentation du travail des enfants.

http://www.aipe-cci.org/enfants.html